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Les ostensions : temps fort inscrit dans notre culture limousine

14 décembre 2015

Monseigneur Kalist donne sa vision spirituelle sur les Ostensions limousines dans un entretien réalisé par « Saint-Marital Limoges-centre », mensuel de la Paroisse Saint Martial. Merci au P. Christian Dequidt de nous avoir autorisé à en publier ici de larges extraits.

Mgr Kalist : « Les Ostensions septennales marquent un temps fort, mais entre deux temps forts, il y a aussi d'autres temps ; il se passe tout plein de choses dans le Limousin autour du culte des saints entre deux Ostensions. Elles sont un phénomène assez continu, constant, dans les différents lieux ostensionnaires. (…) Les Ostensions sont très inscrites dans la culture limousine. Mais c'est aussi très paradoxal parce que, dans un pays de relative¬ment faible pratique, elles attirent beaucoup de monde, avec des motivations diverses, de foi pour tous, mais aussi la perpétuation d'une culture traditionnelle. (…) Les Ostensions rassemblent bien au-delà de la communauté habituelle des fidèles. »

Les ostensions : lieu d’échange

Mgr Kalist : « Les Ostensions ne sont jamais uni¬quement des fêtes locales, ce sont des fêtes communes; les uns viennent chez les autres. Souvent dans les fêtes patronales, on se re¬trouve entre soi, les autres sont les bienvenus, mais ils ne sont pas spécifiquement représen¬tés ou sollicités, alors que dans les Ostensions c'est la fête commune à laquelle toutes les confréries, toutes les paroisses ostensionnaire se rendent volontiers, en délégation. »

Les ostensions : lieu de guérison

Mgr Kalist : (…) « A l'origine, il y a des maux dans la société dont il est difficile de se défaire par nos moyens humains, la maladie, la guerre... et le seul moyen qui reste encore aujourd'hui c'est la prière, se tourner vers les saints intercesseurs. L'Ostension se continue ainsi dans sa dynamique d'origine, nous nous tournons vers Dieu par l'intermédiaire de ces saints confesseurs et Apôtres pour les asso¬cier à notre prière. Ce n'est pas simplement le défilé des reliques, c'est un moment fort de la vie spirituelle où nous prions pour être libérés de nos maux.
Alors quels sont les maux de notre temps ?
J'interpelle les communautés, les confréries, les participants à désigner les maux de notre temps.
La maladie, la guerre restent bien sûr des maux diversement présents dans notre société :
la maladie peut recouvrir des formes différentes de l'ergotisme initial ;
la guerre n'est pas directement à nos portes, mais la situation internationale est instable, il existe des menaces terroristes, des situations de violence plus ou moins larvées...
Les maux d'hier sont sous d'autres formes les maux d'aujourd'hui. Mais il y en a d'autres qui peuvent être des mala¬dies spirituelles : l'égoïsme, la course au profit, l'exploitation irraisonnée des ressources naturelles, les menaces qui pèsent sur notre envi¬ronnement, notre climat, tout ce qui procède de l'égoïsme et de l'exploitation de l'homme par l'homme, tout ce qui rend l'homme esclave de techniques, d'addictions...
- Qu'est-ce qui ne va pas dans notre société ?
- Qu'est-ce qui est source de souffrances et de mal-être ?
- Contre quoi voulons-nous nous battre parce que cela nous empêche d'être heureux ?
- Et là, on rejoint l'intuition initiale, il ne suffit pas de se lamen¬ter sur les maux, cela ne sert pas à grand-chose, mais qu'est-ce qu'on fait ?
On a des moyens humains de lutte contre les maux, par exemple pour le climat, des conférences sont organisées ou bien on adopte des compor¬tements, mais on voit bien que ces solutions sont limitées, souvent partielles, pas toujours efficaces devant la puissance des intérêts en jeu. Nous retrouvons là un accès au surnaturel puisque dans l'ordre naturel des choses, nos moyens sont limités. Alors, recourons à ceux qui nous assistent dans la communion des saints ! Demandons à Dieu par leur interces¬sion de nous venir en aide ! »

Les ostensions : lieu de la prière

Mgr Kalist : « Nous retrouvons là l'intuition originelle, dans un grand mouvement de prière qui implique tout le peuple. Sans oublier de dire quels sont les engagements possibles, quels remèdes sont à notre portée. La prière ne nous dispense pas de mettre en œuvre ce qui est de notre pouvoir pour lutter contre ces maux. » (…)

Les ostensions : 3 acteurs complémentaires

Mgr Kalist : « Les Ostensions ne sont pas des manifesta¬tions guidées par l'évêque ou le clergé. Je ne veux pas leur donner mes instructions ou mes orientations ! Bien sûr j'ai quelque chose à dire, je viens de le rappeler, mais en même temps je ne suis pas l'organisateur, l'instigateur.
Le phénomène des Ostensions repose sur plusieurs sujets actifs dont aucun ne possède l'affaire :
Le clergé prend sa place, je présiderai des manifestations, mais je n'ai rien à décréter comme évêque.
Les confréries et les comités qui sont ces structures plus associatives, qui assurent la mise en œuvre, la transmission dans l'ordre du « faire », de l'organisation, de la manifestation elle-même.
Et puis, il y a le Peuple de Dieu au sens très large, tous ceux qui veulent s'y associer dans notre Peuple limousin.
Pour que ça marche, il faut que les trois soient en action et se complètent. Le clergé tout seul est réduit à bien peu de chose et n'a pas beaucoup de moyens d’action ; les confré¬ries sans le clergé ne pourront pas donner le caractère proprement cultuel de la manifesta¬tion ; le Peuple de Dieu si important qu'il soit par son enthousiasme et son nombre ne peut rien faire s'il n'est pas organisé. L'évêque n'en est pas le premier moteur, il est un élément dans ce vaste ensemble qui fonctionne sans que personne ne le dirige vraiment. C'est une organisation qui se propage, qui se transmet, mais que personne aujourd'hui ne décrète. C'est en cela que les Ostensions sont origi¬nales, voire modernes. Et c'est cela qui leur donne leur actualité. »

(…)

Les ostensions : reconnaissance par l'UNESCO de leur valeur patrimoniale.

Mgr Kalist : (…) « Cette reconnaissance a été importante pour toutes les confréries et cela a rejailli sur tout le Limousin. Mais cette reconnaissance reconnaît un existant. Ce n'est pas la recon¬naissance qui crée la chose, mais c'est la chose qui appelle la reconnaissance de son impor¬tance pour l'humanité dans la mesure où elle donne un sens à l'Homme. »

Les ostensions : lieu de discernement

Mgr Kalist : (…) « On est au croisement de la survivance de dévotions, de pratiques populaires et d'une volonté par l'Eglise, le clergé, de christianiser tout ce qui peut l'être dans ces survivances à la fois de croyance et de culture. (…) Notre Pape revient souvent sur le thème de la dévotion populaire (relisons « la Joie de l'Evangile »). A la fois, on reçoit un héritage de croyances, de comportements, de rituels, il faut exercer un discernement évangé¬lique sur cet héritage de telle manière que ce qui s'intitule chrétien demeure bien dans la lo¬gique de l'Evangile. Par exemple, quand j'appelle à travailler le thème de la guérison et à identi¬fier les maux de notre temps, à nous engager contre eux, à prier Dieu pour nous en libérer, il me semble que je suis dans ce travail-là de discernement et d'incitation. Une dévotion po¬pulaire qui ferait l'impasse sur la vie fraternelle, la solidarité, le partage serait-elle spécifique¬ment chrétienne ? Je crois qu'il lui manquerait quelque chose de fondamental de l'ordre de la charité. On aurait peut-être quelque chose de l'ordre du rituel, et de la transmission des contenus, mais « s'il me manque l'amour, disait saint Paul, je ne suis rien ». Les Ostensions sont bien le lieu d'un discernement. »


Entretien réalisé par M.-M. B. et O.V.

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