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Avec les chrétiens du Moyen Orient

11 septembre 2015

Article de Mgr Kalist extrait de la revue "Eglise de Limoges".

Les cloches ont sonné, le 15 août, à la cathédrale de Limoges et dans d'autres églises du diocèse, en signe de solidarité avec les chrétiens du Moyen Orient. Les cloches sonnent pour alerter la population d'un danger. Il existe un danger, grave bien que lointain (en fait, moins lointain qu'il ne paraît) : la vie des chrétiens du Moyen Orient est menacée. Non pas selon les hasards d'un conflit aimé, mais selon un projet planifié d'éradication. Ce qui se joue là-bas, c'est la disparition programmée d'une population, et avec elle, d'une expérience pluriséculaire de « vivre ensemble » entre gens de cultures, de traditions, de confessions différentes. C'est une perte pour toute l'humanité, alors même que celle-ci recherche des équilibres nouveaux, parce que le monde entier ne fait plus qu'un.
Tel est bien l'enjeu : coexister dans la « maison commune », pour reprendre une expression du pape François qui situe d'emblée l'écologie comme une question précisément de « vivre ensemble », sur une planète où nous sommes tous solidaires, comme êtres humains, tous ensemble et avec le monde créé, en sa totalité. Or, il y a des gens qui cherchent à éliminer les différences, des gens qui veulent « vivre entre eux ». Dans cette logique, quand un habitant de la maison commune dérange, on peut le tuer, le chasser, ou le faire disparaître par assimilation. Il s'ensuit que tant de disciples du Christ, refusant la conversion forcée, choisissent d'échapper à la mort en préférant l'exil. Nous voulons exprimer notre solidarité avec eux et prier à leur intention.
Sonner les cloches, en effet, sert aussi à rythmer la prière des chrétiens. C'est même cela le plus important, cette inscription de la prière dans notre quotidien. Il ne faudrait pas, en effet, que les sonneries du 15 août restent la bruyante manifestation d'un jour, quand nous sommes appelés à faire monter notre prière, fidèlement, chaque jour. Les cloches rythment le temps, les cloches marquent les heures, les cloches appellent à la prière. Les cloches acclament le Christ ressuscité. Elles sont le signe de la liberté des chrétiens. Leurs ennemis la savent, qui en interdisent l'usage.
Quand les puissances terrestres, esclaves d'intérêts marchands, répliquent si mollement aux provocations de la barbarie, vers qui les populations abandonnées peuvent-elles se tourner ? Dans la foi, Dieu est leur seul recours. Nous-mêmes, que pouvons-nous faire ? Nous nous sentons démunis. Mais la prière peut être efficace. Jésus-Christ nous apprend à prier et nous invite à persévérer dans la prière. C'est ce que nous allons continuer de faire : prier. Comme en la fête de l'Assomption, nous pourrons prier Marie « qui fait tomber les murs ». Les murs qui nous enferment, les murs qui nous séparent et nous empêchent d'oser le dialogue, les murs qui nous divisent entre chrétiens, les murs de nos forteresses idéologiques et spirituelles. Continuons de prier pour tous ceux qui souffrent de l'injustice, de la persécution et de la guerre, chrétiens du Moyen Orient et autres victimes, car il y a des chrétiens qui souffrent cela ailleurs qu'au Moyen Orient, et des non-chrétiens qui souffrent la même chose, au Moyen Orient ou ailleurs. Prenons-les tous dans notre prière, parce que notre prière est chrétienne, universelle, pour tous les habitants de la maison commune, y compris les persécuteurs, qui en ont le plus besoin.
Prions, certes, avec ferveur, mais cultivons aussi les liens personnels. Inventons, multiplions les signes, les gestes, les paroles, à l'égard des chrétiens du Moyen Orient que nous pouvons connaître, les exilés, les réfugiés présents parmi nous, comme ceux qui restent dans leur pays parce qu'ils en font le choix ou n'ont pas d'autre issue. Nous pouvons beaucoup donner, par notre prière et nos engagements, mais nous pouvons beaucoup recevoir aussi, peut-être davantage : recevoir le témoignage de ceux qui croient, de ceux qui perdent tout à cause de la foi, de ceux qui risquent ou même perdent la vie pour l'amour de Jésus-Christ. Puissions-nous trouver dans leur fidélité, avec la grâce de Dieu, la force de nos fidélités.

+ François KALIST - Evêque de Limoges

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