IL Y A CENT ANS : LE DIOCÈSE DE LIMOGES VU À TRAVERS LE MAGAZINE DIOCÉSAIN « SEMAINE DE LIMOGES » (N° 5) — PAROISSE ST JEAN-PAUL II

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IL Y A CENT ANS : LE DIOCÈSE DE LIMOGES VU À TRAVERS LE MAGAZINE DIOCÉSAIN « SEMAINE DE LIMOGES » (N° 5)

5 août 2018

 

C’est une autre sorte de guerre qui éclatait à Limoges, une guerre idéologique, dans le sillage de 1905, opposant Mgr Quilliet, évêque de Limoges, au quotidien Le Populaire du Centre. Dans des articles parus les 21,24 et 28 novembre et les 1er et 9 décembre 2015, le journal, en termes peu amènes, s’en prenait au clergé, selon lui absent des hostilités. La Semaine Religieuse du 25 février reproduit la longue réponse, très circonstanciée, de l’évêque de Limoges, datant du 20 décembre 1915 : il s’y étonne de telles critiques venant d’un journal qui avait réclamé, « à cor et à cris, après les premiers mois de la guerre, qu’on laïcisât le front » et qui aujourd’hui, « selon les besoins d’une tactique antireligieuse et politique avanç(ait) les faits, non dans leur réalité mais dans le travestissement souhaité, sans plus s’inquiéter de la vérité historique que de la loyale information du lecteur». Et d’ajouter, en réponse à l’accusation visant à montrer que les prêtres étaient des « embusqués », qu’il était inexact de dire que ces derniers étaient peu nombreux sur le front puisque y étaient « tous ceux qui ont obligation d’y être». Mgr Quilliet produit ensuite des chiffres : environ 25000 prêtres sont mobilisés ; la moitié sont infirmiers ou brancardiers (un grand nombre d’entre eux étant affectés aux formations de l’avant et sur la ligne de feu elle-même) ; l’autre moitié, composée des classes plus jeunes, « faisant partie des classes armées et comptant parmi les combattants ». Quant au clergé du diocèse de Limoges, « l’un des moins nombreux de France, il compte à ce jour quatre tués, quatre disparus…un prisonnier et plusieurs blessés ». Après des développements sur la législation concernant les ecclésiastiques (lois de 1889-qui affectait les prêtres aux fonctions d’infirmiers- et de 1905) l’évêque conclut : « J’ai dit la vérité, Monsieur sur la condition de nos prêtres dans l’armée…Ils y font leur devoir en bons patriotes… ». Enfin, insistant sur le nécessaire respect de la vérité, il souhaite que « devant l’ennemi, du moins, tout bon Français respecte son concitoyen et pratique sincèrement l’union sacrée en vue d’assurer, pour sa part la force de la victoire finale. Il dépend de vous, Monsieur, ajoute-t-il, qu’il en soit ainsi, même à Limoges. » Enfin il demande, conformément à la loi , la publication de sa lettre « dans le plus prochain numéro » du journal. Le Populaire n’ayant inséré qu‘un texte tronqué, une seconde lettre sera nécessaire (27 décembre 2015) puis ce sera un procès, plaidé devant le tribunal correctionnel de Limoges le 9 février 2016, sentence rendue le 16, condamnant Le Populaire (amende, dommages-intérêts, dépens, et insertion du jugement dans Le Populaire, La Croix de Limoges, Le Courrier du Centre, Le réveil du Centre et La Gazette du Centre).

Ces pages redonnent vie à cette époque lointaine mais si proche dans notre mémoire. Comme une révision détaillée d’une tranche d’histoire. On peut mesurer ce qui a changé dans les paroisses, dans les attitudes, dans les rapports humains. Ainsi, pour prendre un exemple dans la ligne du paragraphe précédent, Le Populaire du 6 novembre dernier, dans l’un de ses articles très documentés sur la bataille de Verdun, n’hésite pas à faire l’éloge, entre autres personnes, de « l’abbé Chabrol, l’aumônier de la brigade » qui «une heure avant l’attaque…passe de section en section en bravant les balles et les éclats d’obus, (et) recueille les confessions de nombre de soldats ». Il reste certes bien des choses à explorer dans la Semaine de Limoges. Au-delà du factuel, de la guerre, des affrontements, se dégage un grand souci d’unité, d’entente, de réconciliation. Ici, c’est une citation du philosophe Émile Boutroux, membre de l’Académie des Sciences morales et politiques et de l’Académie française, auteur, entre autres, de Science et religion dans la philosophie contemporaine,qui s’insurge contre « ce fléau, particulièrement fécond en luttes stériles ou funestes ; l’intolérance en matière religieuse… »; pourtant, écrit le commentateur de la Semaine, il est « peu suspect de cléricalisme ». Là, c’est la conclusion de l’ouvrage d’un religieux qui, s’adressant aux jeunes, « arbitres futurs des destinées de la France », les invite à « conduire tous les Français au banquet de la vraie justice et de la divine liberté ». Ailleurs,-et nous nous arrêterons là- c’est la « Prière de la Femme Française / pendant la guerre », qui , telle un psaume, commence ainsi: « Seigneur, vous pouvez tout : protégez ceux que nous aimons ; abrégez leurs épreuves, réconfortez ceux qui faibliraient, gardez ceux qui s’exposent, consolez ceux qui sont frappés, éclairez ceux qui commandent, inclinez le cœur de ceux qui obéissent, donnez prudence, audace, patience, ardeur, endurance, magnanimité à ceux qui combattent ; vous-même, guidez le combat, poussez-le vers le succès ; rendez l’œuvre sanglante utile et durable ; donnez bientôt la victoire avec le retour. » Que dire de plus ? Que tout cela est d’un autre âge ?

FIN

Jean-Louis GRILLOU

 

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