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Accueillir une famille de réfugiés

11 septembre 2015

Message de l’Evêque de Limoges à toutes les paroisses du diocèse

 L’appel lancé par le pape François au cours de l’angélus du dimanche 6 septembre a été entendu et relayé par de nombreux évêques d’Europe, dont l’évêque de Rome sollicitait le soutien fraternel. Le Conseil permanent de la Conférence des évêques de France, dans son communiqué de presse du 7 septembre, invite à continuer l’action en faveur des réfugiés, selon les ressources qui peuvent être mobilisées localement, tout en appelant les gouvernants à traiter, à leur niveau de responsabilité, les questions d’économie, de politique et de migrations. Je m’inscris volontiers dans la perspective de ce communiqué, dont la dernière phrase est ainsi rédigée : « Tous peuvent participer à l’action commune, nous invitons chacun à s’engager à sa mesure ».
La guerre et la misère ont jeté sur des routes terrestres ou maritimes des milliers de personnes qui viennent chercher en Europe la paix et la prospérité dont elles sont injustement privées. Ce sont des milliers de personnes qui attendent, à l’issue d’un voyage périlleux, une vie meilleure, pour elles et pour leurs enfants. Le pape invite les fidèles du Christ à leur offrir une « espérance concrète ». A l’écoute de l’Evangile, nous devons agir : « J’étais un étranger, et vous m’avez accueilli » (Mt 25,35). Les « plus petits » sont les « frères » de Jésus-Christ, et les accueillir, c’est accueillir Jésus-Christ lui-même (Mt 25,40).
L’action, en réponse à ce principe évangélique non négociable, doit s’engager en tenant compte de situations particulières. Dans notre diocèse, certaines paroisses, répondant à l’urgence, ont déjà mis en place, depuis quelques années, un accueil spécifique de familles réfugiées. D’autres paroisses ont fait porter leurs efforts sur d’autres formes de solidarité (hébergement, jumelage, etc.). Alors que retentit l’appel du pape invitant chacune d’elles à accueillir une famille, il faut bien admettre que toutes les paroisses ne disposent pas des mêmes moyens, matériels et humains. Toutes ne présentent pas non plus, du fait de leur situation géographique, ou des réalités civiles et administratives, le même intérêt objectif pour des réfugiés, qui doivent pouvoir accéder facilement aux services dont ils ont besoin (logement, santé, alphabétisation, scolarité, prestations sociales, etc.). En somme, si l’appel s’adresse à tous, les possibilités de réponse sont variables. Je rejoins ici le propos du Conseil permanent : « Tous peuvent participer à l’action commune, nous invitons chacun à s’engager à sa mesure ».
Concrètement, comment allons-nous procéder ? Je propose aux paroisses du diocèse de Limoges ces quelques directives, qui ne prétendent ni tout régenter, ni conditionner ou limiter les initiatives, individuelles ou communautaires, qui pourraient être prises par ailleurs.
Je propose que, dans chaque paroisse, l’Equipe pastorale, ainsi que le Conseil pastoral, se remettent tout d’abord à l’écoute de Jésus-Christ. C’est à cause de lui que, pour les croyants, prend sens une telle invitation à l’accueil. Relisons donc ensemble les textes bibliques (par exemple Mt 25), ou le document Notre bien commun recommandé par la Lettre pastorale Un peuple en marche (notamment le chapitre « J’étais un étranger »), ou encore un passage de l’encyclique Laudato si qui invite à sauvegarder la « maison commune ». Ensuite nous essaierons de répondre à cette question : « En fonction des réalités locales, des engagements déjà pris et des moyens dont nous disposons, que pouvons-nous faire ? ». Il revient, je vous le rappelle, au Conseil pastoral d’observer la réalité et de formuler des propositions, à l’Equipe pastorale de décider et d’assurer la mise en œuvre. Chaque paroisse voudra bien rendre compte de sa réflexion et de son action par un courrier adressé au Vicaire général.
Je suggère, pour un bon discernement, ces quelques points d’attention.
En premier lieu, l’accueil d’une personne ou d’une famille de réfugiés ne doit pas se faire en fonction d’une appartenance nationale ou religieuse, mais à partir de situations objectives de détresse humaine.
Dans l’évaluation de ce qu’elles peuvent entreprendre, les communautés paroissiales auront bien conscience de ce qu’implique l’accueil des personnes réfugiées. Il s’agit d’un engagement dans la durée, d’un service global qui intègre tous les aspects de la vie, d’un accompagnement qui respecte la dignité humaine. Au-delà de l’enthousiasme, il faut assumer un choix dans un avenir qu’on ne maîtrise pas. Il faut assumer aussi ce choix en fidélité aux engagements déjà pris sur d’autres fronts de la solidarité. Pourrons-nous tout tenir ?
En raison même de la complexité des situations, qui requièrent la mobilisation de compétences diverses, les paroisses chercheront, autant que possible, à travailler en partenariat avec les mairies, les services sociaux, les associations caritatives et humanitaires. Cet engagement des chrétiens dans le monde, aux côtés de ceux qui combattent les mêmes maux en raison d’autres convictions, portera témoignage, mieux qu’une prétendue charité, identitaire et possessive. En procédant ainsi, on évitera l’amateurisme, irresponsable et inefficace, voire désastreux. On évitera de « s’approprier » les personnes accueillies : un amour vrai est désintéressé, il trouve sa joie dans la vérité (1Co 13, 4-6).
La prière animera constamment le cœur des fidèles et la liturgie des communautés. Certains fidèles, certaines communautés, n’auront peut-être à offrir que leur prière. C’est une aide précieuse, indispensable. Qu’elle monte alors vers le Seigneur à la vraie « mesure » de leurs possibilités ! Pour tous les fidèles, vivre l’expérience de l’accueil de l’autre dans l’attitude fondamentale de la prière, sera le sûr moyen de garder le cœur ouvert au don de Dieu. En effet, si nous pouvons donner un peu de notre bien ou de notre temps, nous avons aussi beaucoup à recevoir d’une authentique rencontre interpersonnelle avec l’étranger, en qui l’Evangile invite à reconnaître le visage du Christ.
Il nous faudra sans doute aussi nous préparer à rendre compte de nos choix auprès de ceux qui, dans notre société, ne partagent pas la vision chrétienne de l’être humain. Le service du frère peut facilement être accusé de naïveté ou de faiblesse. Nous n’ignorons pas, au regard des conflits actuels, le risque bien réel d’importer la violence. Nous sommes prêts à l’assumer, en travaillant sans relâche pour la paix. Nous n’ignorons pas non plus l’immense défi du « vivre ensemble » dans une société qui devient multiculturelle. Nous sommes prêts à le relever en favorisant le dialogue, le partage et la convivialité.
Quelque chose d’inédit et de déterminant est en train de se jouer, ces temps-ci, au moins sur le pourtour de la Méditerranée, alors même que notre pape vient d’éveiller les consciences, à l’échelle planétaire, aux enjeux d’une écologie humaine et intégrale. Les chrétiens ont une part à prendre, une action à mener au cœur de ces incontournables rendez-vous de l’histoire, forts de leur seule confiance en Dieu, créateur et sauveur, qui ne cesse d’appeler et d’envoyer au-delà des frontières. « Lève-toi, prends avec toi l’enfant et sa mère, et fuis en Egypte » (Mt 2,13). La Sainte Famille est une famille de réfugiés.

A Limoges, le 8 septembre 2015, en la fête de la Nativité de la Vierge Marie.

+ François KALIST
Evêque de Limoges

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